Une participation remarquée de deux classes de la SEP du lycée Brassens aux commémorations du ralliement de La Réunion à La France libre.

En ce vendredi 28 novembre 2025, les rayons du soleil sont à leur paroxysme devant la stèle du général de Gaulle, au Barachois à Saint-Denis de La Réunion.

Une foule nombreuse se presse pour assister à cette cérémonie :  des porte-drapeaux, des associations patriotiques et la Société des Membres de La Légion d’Honneur.

Thierry Pincemaille, Directeur de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (Réunion et Mayotte), dirige d’une main de maître cette cérémonie patriotique.

Des lycéens de la section d’enseignement professionnel du lycée Georges Brassens assistent également à la cérémonie et, de l’avis général, sont fort élégamment vêtus. Ils sont issus d’une classe de seconde (2MTNE) et une classe de terminale (TMVA).

Ils sont entourés par la proviseure de l’établissement, Stéphanie Bagnolet, et par la proviseure adjointe, Flavie Grondin.

Deux enseignants de lettres histoire, Cindy Boyer et Sébastien Lucarelli, encadrent les élèves.

Les commémorations célébrant le ralliement de La Réunion à la France libre démarrent avec l’arrivée sur le site de la ministre des Outre-Mer, Naïma Moutchou. Elle s’avance aux côtés du préfet de La Réunion, Patrice Latron, de la Présidente de la région Réunion, Huguette Bello, du Président du Conseil départemental, Cyrille Melchior, et du député de la première circonscription, Philippe Naillet.

La ministre des Outre-mer honore une dizaine de récipiendaires pour leurs actions à destination de la population lors du dernier épisode cyclonique.

Deux élèves de seconde du lycée Brassens de la classe MTNE (métiers des transitions numérique et énergétique) se tiennent devant le pupitre et s’apprêtent à prononcer un discours évoquant la France libre et l’Outre-mer. Il s’agit de Taniah Eraste et de Kyllian Cadet. Les deux jeunes lycéens ont fait preuve d’un charisme indubitable pour déclamer un discours dont nous reproduisons le texte ci-dessous :

« Lors de son appel du 18 juin 1940, le général de Gaulle évoque le rôle important que doit prendre l’Empire colonial français dans la résistance à l’occupant.

En Polynésie française, un référendum est organisé dès le 1er septembre 1940 à Tahiti et Mooréa : la population est invitée à se prononcer sur une motion appelant à poursuivre le combat aux côtés des Alliés. Le oui l’emporte par 5 564 voix contre 18. Le lendemain, le territoire se rallie à la France libre et devient l’un des premiers territoires à rejoindre le général de Gaulle. La Nouvelle-Calédonie se rallie le 19 septembre de la même année.

Nous sommes réunis en ce vendredi 28 novembre 2025 pour commémorer le ralliement de notre île à la France Libre du général de Gaulle.

Il convient de rappeler ici qu’une majorité de la population réunionnaise, des partis politiques et des syndicats sont en faveur des Alliés, à l’inverse des personnalités qui dirigent l’île.

La population réunionnaise souffre, en raison d’un blocus maritime particulièrement dur. La principale préoccupation des habitants est de trouver de la nourriture pour subsister au quotidien.

La colère de la population gronde contre des élites compromises dans la collaboration avec le régime de Vichy. Comme l’écrit l’historienne Lucile Rabearimanana : « en situation coloniale, le discours hiérarchique, explicitement inégalitaire, traditionaliste, intégriste et bientôt xénophobe du maréchal Pétain trouve une résonance toute particulière » chez de nombreux colons et notables.

Les peuples aspirent à se libérer de la domination et de la tutelle de la France de Pétain et des puissances de l’Axe.

Madagascar est libérée à la suite de l’opération Ironclad qui s’est déroulée à partir du 5 mai 1942. En décembre 1942, la France Libre prend la direction de la colonie.

A La Réunion, le gouverneur Pierre Aubert sent le vent tourner. Le contre-torpilleur Léopard battant pavillon pour la France Libre se dirige vers notre île afin de la faire basculer sous son giron. Il arrive devant la ville de Saint-Denis au soir du 27 novembre 1942. Au bout de trois jours de combats, l’envoyé du général de Gaulle, André Capagorry, prend le pouvoir. Le général de Gaulle annonce à la radio de Londres que « la fidèle Réunion a rallié les drapeaux de la France combattante ».

L’historien Jean-François Muracciole rappelle que « les Français libres ont brûlé leurs vaisseaux ; ils ont fait le choix de tout quitter, pays, métier, études, famille, et de gagner un pays étranger à une époque où la victoire finale était loin d’être acquise ». Il rappelle également le problème des « engagés volontaires originaires des régions de l’empire colonial ralliés à la France Libre, mais qui n’avaient pas le statut de citoyens français en 1939. C’est le cas des milliers de soldats de l’AEF […] qui rejoignent les FFL après le ralliement d’août 1940. Plus tard viendront les Polynésiens […] ou les Réunionnais. » Jean-François Muracciole rappelle que « ces engagés sont d’incontestables Français libres et ils forment le noyau dur des FFL des premières heures ». Après la libération du territoire français, il convenait de restaurer la République et de traduire en actes partout sur le territoire national les valeurs de la devise républicaine Liberté, Egalité, Fraternité. »

La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, prend la parole dans un discours remarqué : « Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer l’un des moments les plus décisifs de l’histoire réunionnaise, le ralliement de l’île à la France libre, le 28 novembre 1942. Un moment où une terre isolée au cœur de l’océan Indien a envoyé au monde un message de courage et de fidélité. A cette époque, La Réunion vit sous un blocus implacable. Les bateaux n’arrivent presque plus, les denrées manquent, l’isolement est total et pourtant, au milieu de ces épreuves, une certitude demeure, l’attachement indéfectible des Réunionnaises et des Réunionnais à la France et à ce qu’elle représente. […] Qu’ici, la France n’a jamais été une abstraction, qu’ici la France a toujours été choisie, aimée et défendue. Le 28 novembre 1942 n’est donc pas seulement une opération militaire, c’est un choix politique, c’est un choix moral, c’est un choix de valeurs. Un choix qui ouvre la voie à une évolution décisive, la départementalisation de 1946 qui ancre La Réunion pleinement et totalement dans la République. […] ».

Toutes les personnalités présentes déposent une gerbe au pied de la stèle du général de Gaulle entourés de deux élèves du lycée Brassens.

A l’issue de la cérémonie, la ministre salue les corps constitués. Elle vient à la rencontre des lycéens. Les deux orateurs sont félicités et posent en compagnie de Naïma Moutchou.

Le Recteur d’Académie, Rostane Mehdi, félicite les élèves pour l’exemplarité de leur comportement, ainsi que la proviseure de l’établissement. Les élèves du lycée professionnel incarnent l’excellence du système scolaire.

Un élève de terminale a indiqué à l’auteur de ces lignes qu’en participant à la cérémonie, il se sentait « fier d’être Français ». Max Gallo, dans sa préface du livre Les Français libres, le refus de la défaite, indique que « ce qui anime ces Français libres, c’est le patriotisme, l’union sacrée sur l’autel de la patrie ». En participant à cette cérémonie, les lycéens perpétuent une certaine idée de la France.

Article rédigé par Sébastien Lucarelli, enseignant en lettres histoire à la SEP du lycée Georges Brassens.